Ces incroyables Français : Gilles de Moyencourt, L’antique atypique

A deux pas du Biscuit Mill, en face d’une boutique de décoration contemporaine aux antipodes de la boutique d’antiquités « Haute Antiques », Gilles de Moyencourt vend depuis plus d’une vingtaine d’années des trésors du passé. Rencontre avec cet antiquaire atypique.

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Lorsque je pousse les portes de sa boutique, je le trouve en train de conseiller un jeune sud-africain éveillé de curiosité : « Voir ce jeune s’intéresser à des choses anciennes, c’est très important pour moi. J’aimerais pousser tout le monde à aller à la rencontre de leur ville, de son passé. » Et c’est justement l’impression que me fait l’intérieur de cette boutique, une plongée dans l’Histoire, une invitation à la découverte du passé. Ici, on a envie de prendre son temps.

« J’achète ce que j’aime. Je vends ce que j’aime. » A peine assis sur deux sièges vintage au milieu de sa boutique, c’est en ces mots que Gilles de Moyencourt se présente. C’est cette passion et cette intransigeance qui marquent d’abord chez Gilles de Moyencourt.

Passionné, parce qu’il y a dans les moindres recoins de sa boutique plus d’un millier d’objets choisis avec soin par celui qui se décrit comme un curateur des antiquités. Horripilé par la génération « Mister Price  »,Gilles de Moyencourt m’explique : « Ces choses classiques, un livre de cuisine, une lampe, une carafe de whiskey, ont une valeur considérable pour moi, et pour mes clients, qui connaissent la valeur de ces objets. Je ne suis pas un vendeur, d’ailleurs, ce n’est pas l’une de mes principales qualités, non, ce que je fais : c’est préserver le passé. »

Intransigeant, puisque Gilles considère que l’achat d’une antiquité, ça se mérite. Il nous livre une anecdote amusante sur la fois où il a chassé un célèbre acteur américain de sa boutique, devant une ribambelle de fans médusés qui attendaient, devant la vitrine, la star. « S’il ne savait pas ce qu’était ce objet qu’il convoitait, il ne méritait pas de l’avoir » explique Gilles. Des clients formidables, Gilles de Moyencourt, en accueille très souvent : habitués ou collectionneurs de passage au Cap, il partage avec eux cet amour des objets du passé. L’un des dirigeants de la Métropolitan de New York, l’un des plus grands musées du monde, lui a même un jour déclaré « Je préfère ta boutique à mon musée ».

Fils d’antiquaire parisien, c’est presque naturellement que Gilles de Moyencourt alors étudiant ouvrit sa boutique de brocantes dans les anciennes halles de Châtelet. A cette époque il rencontra une jeune ballerine sud-africaine qui devint son épouse et la mère de son enfant. C’est ensemble qu’ils prirent la décision de s’installer en Afrique du Sud, pays que Gilles n’a jamais quitté après toutes ces années. Alors qu’il nous explique son arrivée au Cap quelques temps après la fin de l’Apartheid, Gilles de Moyencourt s’anime, comme habité, se lève, et se dirige vers l’un de ses trésors : une maquette de bateau XIXe. Les yeux pétillants, il repose le bateau, m’entraîne vers les aquarelles et les peintures naïves accrochées plus loin. Car Gilles de Moyencourt est une vraie bourrasque, un tourbillon. Pour l’interviewer, il faut vite lâcher le stylo et le suivre d’objet en objet, de trésor en trésor, et l’entendre nous raconter l’histoire de cette tabatière française, de cette couverture de journal sud-africain des années 1990 peinte à la main, ou encore de cette sculpture en bois d’un célèbre artiste sud-africain dénichée il y a une vingtaine d’années. « Pour trouver ces objets, il faut chercher, avoir l’œil, et surtout connaître la valeur du passé ».

Et puis la vie de Gilles de Moyencourt, c’est aussi le club de jazz Albert Hall. « Là, près de la vitrine avec les tableaux, c’était la scène ». Car ce lieu, avant d’être une boutique d’antiquités, a vu naître des groupes de jazz formés par des génies venus droits des townships que Gilles raccompagnait à la fin de chacun de leurs concerts. Certaines soirées attiraient plus de mille personnes, dans ce club devenu mythique. Après plusieurs années, Gilles de Moyencourt décide de revenir à ses premières amours et ouvre sa boutique d’antiquités.

JPEGQuand je lui demande enfin de me définir « la brocante à la française », il m’explique qu’il s’agit de l’art de savoir choisir les objets, de connaître leur valeur. Mais la valeur n’a rien à voir avec le prix : «  Il y a des créateurs contemporains que j’aime, que j’adore même, de France, d’Afrique du Sud, exposées dans de grandes galeries qui ont ouvert dans ce quartier, à Woodstock et au Cap… mais comme ces pièces ne sont pas accessibles, cela ne m’intéresse pas. Ce qui me plait, c’est de dénicher des petites et grandes pièces, des choses anciennes, une photo de l’ancien temps qui témoigne du passé de ce pays, ça vaut beaucoup plus à mes yeux qu’une photographie vendue à un prix à trois ou quatre zéros dans une galerie d’art. »

Alors que je suis en train de le photographier avec un exemplaire de TinTin dans les mains, l’étudiant salue Gilles de Moyencourt et quitte la boutique en souriant. Le jeune n’a rien acheté, mais cela n’a aucune importance pour Gilles. Il sait qu’il fait désormais partie, comme lui, des amoureux du passé.

Comme nous, allez plonger dans ce tourbillon du passé et rencontrer Gilles de Moyencourt dans sa boutique « Haute-Antiques » au 208 Albert Road à Woodstock.

publié le 24/11/2017

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