Ces incroyables Français : Sylvain Pierre, la révolution Bastille

Au lendemain de la démission du Président Zuma, j’ai rendez-vous à « Bastille » avec Sylvain Pierre. Comme un air révolutionnaire me trotte ainsi dans la tête quand j’arrive à l’angle des rues Waterkant et Loop.

Bastille, c’est une boutique un peu révolutionnaire, et ça saute aux yeux. Rien à voir avec les grandes chaînes de prêt à porter bon marché que l’on trouve dans les grands centres commerciaux du Cap comme à Century City ou au Waterfront, rien à voir non plus avec les marques de luxe hors de prix. Défenseur du beau et de l’éthique, Sylvain Pierre a lancé son pavé dans les codes du vêtement au Cap en ouvrant une boutique multimarque qui rappelle le principe du concept store à la Colette à Paris. Sylvain est cash, me parle sans détour de cette boutique du même nom que le quartier dans lequel il vivait à Paris et qu’il a créée il y a deux ans. Rencontre.

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Première remarque en arrivant devant la boutique dont la vitrine affiche en immenses lettres bleues « BASTILLE », ici, il n’y a pas de barrière de sécurité. Comme je le ferais en France, j’y entre sans sonner, poussant simplement la porte vitrée de la boutique. Et croyez en mon expérience de spécialiste du shopping, ça fait toute la différence ! A Bastille, vous poussez la porte et le vendeur vous accueille avec un sourire et un « Bonjour ». Pas besoin d’attendre que le vendeur ou la vendeuse vous ouvre. C’est cet esprit, ce style de la boutique « à la française » où tout le monde est le bienvenu que Sylvain a voulu recréer au Cap.

« Je suis peu à peu devenu amoureux de la ville du Cap, au fil des deux années d’allers retours entre Paris et cette ville où s’était installée ma partenaire, qui vivait ici et qui a comme moi créé sa boutique (Ndrl : Maison Mara, à Waterkant). »

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Troisième génération à travailler dans le vêtement, Sylvain Pierre décide d’ouvrir sa boutique au Cap, une évidence et un choix engagé : « Ouvrir une boutique, ouvrir Bastille, c’était important pour moi. Avec Internet plus personne n’a conscience de ce qu’ils achètent. Je déteste l’industrie fast fashion, qui vous pousse à acheter des vêtements de mauvaise qualité que vous allez jeter ; en plus d’être mauvais pour l’environnement, c’est contraire à mes valeurs. »

Ainsi, s’il fallait résumer en deux mots le concept de la boutique Bastille, ce serait « beau » et « éthique ». Car à Bastille, on ne trouve que des marques françaises connues pour leurs vêtements et chaussures de qualité. Armor Lux, Bleu de Paname, Veja pour ne citer qu’elles… Du 100% Made in France et une dimension responsable. Les chaussures de Veja sont fabriquées avec du cuir tanné végétalement, le logo est en pneu recyclé tandis que les semelles sont produites à partir de caoutchouc sauvage d’Amazonie.

« La première question qu’on me pose généralement, c’est : qui sont tes clients ? » Car oui, c’est sûr, les vêtements vendus à Bastille sont un peu plus chers que la moyenne, mais ce n’est pas du Luxe. Cette gamme de vêtements pour hommes n’existe que très peu, voire pas du tout au Cap. Pourtant, plus de 60% de la clientèle de la boutique est locale. Il y a ceux qui économisent pour pouvoir s’acheter la pièce dont ils ont envie. Il y a les business men qui voyagent beaucoup et qui sont heureux de retrouver les mêmes marques qu’ils voient à l’international. Ils ont tous un point commun selon Sylvain, c’est leur fidélité.

« Certains bons clients viennent simplement prendre un café, discuter avec nous, puis reviennent quelques jours plus tard pour acheter la pièce qu’ils ont repérée. On les connait par leur prénom et ils savent qu’ils peuvent nous faire confiance. »

Je prends d’ailleurs un café avec Sylvain sur une table basse en verre, assise sur des sièges contemporains, et je comprends ce qui attire ces hommes lorsqu’ils viennent à Bastille. Depuis mon siège, je peux voir à peu près toute la collection de vêtements. Comme chaque client, je me sens comme une invitée spéciale et j’ai tout autour de moi vestes, jeans, chaussures, qui ne demandent qu’à être essayées. C’est simple et efficace, et très malin.

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On sent rapidement que rien n’est laissé au hasard à Bastille. « J’ai vu ma mère galérer avec ses stocks. J’ai donc pensé l’aménagement de Bastille avec le décorateur d’intérieur Robert Sherwood en y intégrant mon expérience de la vente de vêtements. » Ainsi, accolé au plafond, tout autour de la boutique, je vois effectivement les casiers qui servent de rangements «  En soi, je peux gérer ma boutique seul, car j’ai accès à mes stocks en boutique, et je ne dois pas quitter mon client pour aller chercher une taille en remise  ». Sur les murs, des tableaux d’art moderne peints par son frère, Thomas Pierre, des Beaux Arts de Paris et le code postal « 75011 » l’arrondissement du 11e où vivait Sylvain et dans lequel se trouve le quartier de Bastille à Paris.

La France, à Bastille, on ne la trouve pas seulement dans le « Made in France » des vêtements, ni dans les clins d’œil à la capitale française dans la décoration, c’est aussi un état d’esprit que Sylvain veut créer autour de sa boutique en organisant chaque année, pour le 14 juillet, une soirée avec DJ, champagne, foie gras, crêpes, et autres gourmandises bien françaises.

Finalement, Bastille, c’est Sylvain. Et Sylvain, c’est Bastille.

D’ailleurs, il rit en m’expliquant que très souvent on pense qu’il s’appelle « Bastille ».

Bastille Store :
30 Waterkant St, Cape Town
www.bastille-store.com

Article rédigé par Marie Traisnel

publié le 23/02/2018

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