Ces incroyables Français : Stéphanie Simbo et Marine Durand, Une école pour lever les barrières

« Attends, Nwabisa nous rejoint. » Lorsque j’ai contacté Stéphanie Simbo et Marine Durand, fondatrices de « Beyond Bars Akademia », elles m’ont d’emblée proposé de rencontrer également Nwabisa, pour comprendre leur projet. « Nwabisa, c’est notre ambassadrice, notre emblème, notre star ! ». En rencontrant ce trio de femmes, j’ai vite compris que j’allais réaliser le portrait d’un projet hors du commun.

Beyond Bars Akademia, c’est un projet de réinsertion professionnelle pour les femmes anciennement détenues. Une école dédiée aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration pour que les femmes puissent, en apprenant le métier de barman ou de serveur, retrouver leur place dans la société. Fondée il y a 2 années par Stéphanie Simbo et Marine Durand au Cap, cette ONG est en train de se structurer, autour de solides partenariats avec l’administration pénitentiaire sud-africaine, les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration et la communauté française.

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« L’idée est née en 1996. J’avais 10 ans. Mon frère est allé en prison. A sa sortie, on s’est fait une promesse : ouvrir un bar pour les anciens détenus. Au début, c’était une blague, puis de fil en aiguille, j’ai transformé cette idée en projet, puis est venue l’idée d’ouvrir une école. » C’est ainsi que Stéphanie me présente les origines de Beyond Bars Akademia. Pour elle qui a grandi dans une cité en banlieue parisienne, l’idée d’une école allait de soi. « Quand on grandit en banlieue, on a peu d’options. Sans école, on est foutus. ».

Avec son expérience de bartender, Stéphanie peaufine son projet au fil des années et choisit les milieux de l’hôtellerie et de la restauration. A Londres, elle retrouve par hasard Marine Durand qu’elle avait quittée sur les bancs de leur école de commerce parisienne. Elles n’étaient ni amies ni copines, mais lorsque Stéphanie lui propose de partir avec elle en Afrique du Sud pour monter son projet, Marine n’hésite pas une seule seconde. Elle se souvient de Stéphanie comme d’une étudiante « hors norme », avec une volonté de fer. « Même si le projet de Stéphanie avait l’air fou, je me suis dit, ça doit être sérieux. » Le temps d’un café, les dés étaient jetés. « Mon copain me dit toujours, ce jour-là, tu es allé prendre un café et tu es revenue avec la décision de partir en Afrique du Sud faire de la réinsertion pour les femmes de prison ». Stéphanie admet « Oui, c’est vrai, je ne lâche jamais rien. On me surnomme le « cafard » : tu peux m’écraser, je reviens à chaque fois. »

De la volonté et surtout de la ténacité, il en fallait pour construire « Beyond Bars Akademia ». Sans argent, sans contacts en Afrique du Sud, Stéphanie et Marine ont dû s’acharner pour nouer des relations sérieuses avec les dirigeants de prisons, gagner leur confiance surtout, monter des partenariats avec des dirigeants d’hôtels et de restaurants et s’adapter à l’administration sud-africaine. « Le directeur de la prison avec qui nous travaillons aujourd’hui nous a expliqué que des gens comme nous, il en avait rencontré beaucoup, qui, la bouche en cœur, voulaient sauver le monde. Il a fallu montrer patte blanche et montrer notre sérieux. » affirme Marine.

« Plusieurs fois je me suis dit que si Stéphanie n’avait pas été là, on aurait abandonné. Quand on avait sélectionné nos 5 premières étudiantes, mais que le projet n’était pas encore assez abouti faute de moyens, on s’est dit, « on avance », et on leur a trouvé à chacune un travail. »

Nwabisa fait partie en quelques sortes de la première promotion « Beyond Bars Akademia ». Avec l’aide de Stéphanie et Marine, elle rejoint les équipes d’un bar éphémère tenu par des Franco-sud Africains, au départ pour aider à la plonge. Et là, au bout de quelques jours, le gérant appelle Marine et lui dit « Mais c’est une bombe cette fille ! Elle a un potentiel de folie. Je la mets au service.  » Depuis, Nwabisa n’a pas chômé puisqu’elle a été choisie pour suivre une formation de Barista très réputée avec Truth Coffee. Nwabisa est effectivement impressionnante : impossible de ne pas la remarquer tant sa présence est forte ; les yeux brillants, décidés me fixent tandis que je parle à Stéphanie et Marine. Naturellement, je me mets à parler Anglais, puis reviens au Français, tant j’ai l’impression que Nwabisa fait partie de « Beyond Bars Akademia » au même titre que Stéphanie et Marine, les deux fondatrices. Le projet de Nwabisa : « Ouvrir le meilleur bar du monde ! ». D’un clin d’œil, Marine ajoute « et tu vas rester un peu avec nous, et nous aider à Beyond Bars Akademia, hein ? ». Car des opportunités, Nwabisa en aura car sa marraine, la fondatrice de Tales of the Cocktail, souhaite la faire venir aux Etats-Unis.

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Chaque femme a un mentor qui la suit tout au long de la formation. Ce système de mentoring permet aux étudiantes de former leur propre réseau. De plus, grâce aux partenariats noués avec différents professionnels de l’hôtellerie par Stéphanie et Marine, toutes sont assurées d’obtenir un emploi à la fin de la formation, avec la certitude d’avoir un salaire décent.

Beyond Bars Akademia s’adresse aux femmes. Pour m’en expliquer les raisons, Stéphanie et Marine m’expliquent que les femmes se retrouvent bien souvent en prison par erreur, ou pour des larcins peu importants. Et selon elles : « Quand on s’adresse aux femmes, on s’adresse à toute une communauté. Pour nous, participer à la réinsertion professionnelle des femmes, c’est toucher un pays tout entier. » En Afrique du Sud, les femmes constituent seulement 2% de la population carcérale. Avec leur projet, Stéphanie et Marine souhaitent réduire ce taux à moins de 0,5%.
Quant à la décision de mettre en place ce projet en Afrique du Sud, Stéphanie m’explique que c’est le paradoxe du Cap, ville touristique aux paysages grandioses avec un taux de criminalité très important qui l’a convaincue.

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Pour sélectionner les étudiantes qui vont bénéficier de leur programme, Stéphanie et Marine ont approché les dirigeants de prisons qui leur ont ouvert les grilles des cellules. Au milieu des détenues, elles présentent le principe de leur école et organisent des entretiens avec les détenues volontaires, avec l’appui d’une psychologue. Elles ont interviewé soixante-dix femmes pour en sélectionner 15 qui vont participer à un « boot camp » qui leur permettra de tester en « réel » leurs motivations. Les dix femmes choisies se rendront ensuite à Addo, dans le African Molo Lodge tenu par une Française Laurence Armand (site web : http://www.addoafricanhome.co.za/) . Les cours théoriques auront lieu le matin tandis que l’après-midi elles pourront mettre en pratique ce qu’elles ont appris. Dans les environs de Port Elizabeth, Marine et Stéphanie ont déjà identifié des experts qui pourront proposer des workshops à destination des étudiantes : pâtisserie, nutrition, photo etc.

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La prochaine étape pour Beyond Bars Akademia : trouver des financements et du matériel pour la promotion de cette année et, à plus long terme, pour bâtir l’école au Cap. Elles ont d’ailleurs lancé une campagne de financement participatif en ligne. Toute aide est la bienvenue.

« Notre ambition : devenir la première université des métiers post-carcérale pour les femmes en Afrique du Sud ».

Site web : www.beyondbars.co.za
campagne de crowdfunding : www.thundafund.com/project/beyondbars

facebook : Beyond Bars Akademia
insta & twitter : @BBAkademia

Rédigé par Marie Traisnel

publié le 24/05/2018

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