Ces incroyables Français : Sasha Pats-Nouguès, la coupe du monde

Cheveux blonds bouclés. Lunettes de cycliste vissées sur la tête. Sourire charmeur. Un perfecto épinglé de pins colorés jeté sur les épaules. Il n’y a pas deux coiffeurs comme Sasha Pats-Nouguès. Installé en Afrique du Sud depuis plus de quarante-ans, Sasha est connu comme le loup blanc bien au-delà de Somerset West, où son salon « International Hair Salon » est installé. Sportif dans l’âme, Sasha a bien failli devenir footballeur professionnel avant d’opter pour l’art de la coiffure, cumulant au fil de sa vie ses deux passions, pour le ballon rond et pour le ciseau.

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« Ma princesse  ! » dès que le Consul général et moi arrivons dans son salon de coiffure à Somerset West, Sasha appelle son épouse avec ce joli surnom. « Et oui, vous savez, ma femme, je l’appelle « princesse », ma fille, « petite princesse » et mon petit-fils, « petit prince », m’explique-t-il d’emblée les yeux rieurs, remplis d’affection pour les siens. On sent bien que Sasha accorde beaucoup d’importance à sa famille lorsqu’il nous raconte le mariage de sa fille, un mariage de princesse, forcément. « Quand on s’est mariés avec Loretta ici il y a près de quarante ans, nous n’étions que trois ou quatre. Pour ma fille, c’était un grand mariage, c’était féérique. C’est ma femme qui l’a coiffée. » Les équipes du Consulat général ont fait la connaissance du petit fils de Sasha il n’y a pas si longtemps alors que ses parents, accompagnés de Sasha, étaient venus pour les démarches de déclaration de naissance. « C’est un petit Français ! Il s’appelle Thomas, Mickaël, Pats-Nouguès, c’est mon nom de famille !  » annonce-t-il alors qu’il nous montre une photo du petit, béret vissé sur la tête et écharpe bleu-blanc-rouge autour du cou. Pétillant, vrai bout en train, passionné par la France, nous n’en n’étions pas au bout de nos surprises avec Sasha.

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Sasha a toujours eu à la fois la fibre artistique et sportive. Né dans le Sud de la France, il fait ses preuves au sein de l’équipe de football junior de Nice. Même s’il envisageait de passer professionnel, Sasha reconnait que le parcours d’un joueur de football professionnel est très difficile. « A cette époque, tout en jouant au foot, j’ai eu l’opportunité de travailler dans un salon de coiffure. J’étais bon ! J’avais un ami qui travaillait pour une société de bateaux et c’est comme ça que l’aventure a commencé : coiffer les clients des bateaux ! J’ai voyagé dans toute l’Europe grâce à mon métier à bord des navires de croisières. »

Puis, Sasha fait escale à Londres où il s’installe quelque temps. Ne parlant pas un mot d’anglais, il s’inscrit aux cours du soir et rencontre son épouse, Loretta, originaire d’Allemagne, un soir où leur professeur leur fait faux bond. «  Je coiffais et je jouais au foot tout le temps. Loretta venait souvent me voir jouer ». Trois ans plus tard, de fil en aiguille, le profil si particulier de Sasha, coiffeur et joueur de foot, lui ouvre des portes. Son patron le remarque et vient le supporter lui aussi lors de ses matchs. Mais Sasha a la bougeotte. Il veut partir de Londres mais son patron ne veut pas se séparer de lui et lui offre plusieurs opportunités, dans des salons de coiffure existants ou dans des endroits où il faut tout créer : Paris, Monaco, Cannes, l’Australie, les États-Unis ou … l’Afrique du Sud. «  Nous avons donc choisi l’Afrique du Sud, où tout était à construire ! La vie à Johannesburg était formidable : j’étais très sportif, il y avait des tas de choses à faire. Tout a été très vite, j’ai ouvert un salon, puis deux, puis trois, et on est passés à dix très rapidement. Je travaillais dans l’hôtel le plus prestigieux de Johannesburg et je jouais au football. J’ai coiffé Charles Aznavour et beaucoup de stars. C’était fou.  » Ce grand écart assez improbable entre le foot et le ciseau l’ont rendu très vite populaire. Après quelques années, Sasha a l’opportunité de racheter le réseau des salons de coiffure qu’il a ouverts mais décide d’ouvrir son propre établissement. « J’ai toujours préféré mener ma barque, en étant libre. »

Bientôt personnalité incontournable de la communauté française, Sasha devient président du club français et organise des activités sportives (foot, vélo, tennis) et organise le 14 juillet aux côtés des autres associations françaises. « Une fois par mois, nous organisions des événements familiaux pour les enfants de l’école française. C’était un sacrée époque. »

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Une fois installé au Cap, Sasha décide de s’engager de nouveau pour faire vivre la francophonie et la culture française, en créant « Les Gaulois » avec quelques copains français et belges. « On se rencontrait une fois par mois pour des soirées francophones, autour de la culture française. Au départ, c’était petit mais ça a rapidement pris de l’ampleur, beaucoup de gens venaient et participaient à nos événements.  ».

Attaché à la France, Sasha rentre tous les ans dans le sud, dans un petit village à la campagne près de Béziers, où il a gardé son vélo « Mon cœur est encore en France.  » affirme t il. «  On a beaucoup de copains, donc on doit limiter pour ne pas être épuisés à force d’aller de droite à gauche. » En parallèle, Sasha continue d’entreprendre et d’ouvrir des salons de coiffure en Afrique du Sud.

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Lorsque nous lui demandons si le fait d’être français avait une influence sur le style de coiffure qu’il proposait, Sasha nous a confirmé que ses clients étaient attirés par l’art de la coiffure à la française. « Le Français en coiffure a toujours eu la cote. Nous avons la chance d’avoir de supers noms dans la coiffure en France, comme Dessange ou Jean-Louis David. C’est comme en cuisine ! Cependant, je dois dire que la mode, la créativité dans la coiffure vient beaucoup de l’Angleterre. Les looks viennent surtout de là-bas, les coiffeurs britanniques sont toujours à la pointe. Lorsque je rentre en France, je regarde autour de moi et je rencontre des coiffeurs dans différents salons. C’est important pour rester dans l’air du temps. Et puis, avec la fin de l’Apartheid, il y a eu une révolution dans ce pays qui était si fermé. Maintenant, les inspirations viennent du monde entier, on s’éclate ! »

Employant une dizaine de personnes, Sasha coiffe essentiellement des sud-africains. « Dans ma clientèle, je pense qu’il y a environ 10% de Français. Je coiffe beaucoup de belges.  » En quarante ans, Sasha a dû en connaître des clients particuliers ou avoir des milliers d’anecdotes à raconter. Un peu limité par le temps, il ne pourra nous en raconter qu’une seule. « Un jour, nous avons eu une coupure d’électricité dans le centre commercial (Load Shedding) et un business man français est arrivé pour se faire coiffer. Comme on n’y voyait rien, je me suis équipé d’une lumière frontale et je lui ai coupé les cheveux ! ».

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Sasha est un véritable boute-en-train et ne manque pas d’énergie. Il nous présente le projet Sitari, une résidence de 4000 logements qui accueillera bientôt son futur salon de coiffure. Ce tout nouveau salon de coiffure sera inauguré le 28 novembre 2019, en présence du Consul général et des autorités locales. « J’ai toujours de nouveaux projets. Il faut que je me calme ! ».

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Pour se détendre justement, ces dernières années, Sasha a troqué ses crampons pour le cyclisme, passion qu’il partage avec notre Consul général. «  Je fais beaucoup de vélo, de ville ou de montagne. J’ai fait vingt-sept fois le Cape Town Cycle Tour. Mon meilleur temps ? 2h54. Il y a une autre course géniale, le Double Century, cette fois en équipe, qui consiste à parcourir 200 km en montagne essentiellement. C’est la sixième fois que j’y participe. » Le weekend, plus tranquillement, ce sont les routes de Franschoek ou de Stellenbosch et la côte vers Hermanus qu’il arpente à vélo. « C’est magnifique ! ». Une région à visiter, si vous ne la connaissez pas encore. Vous y croiserez peut être Sasha, ce coiffeur français si atypique. Peut-être grâce à ses quelques boucles dorées dépassant de son casque.

Portrait rédigé par Marie Traisnel

publié le 24/06/2019

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