Ces incroyables Français : Martinique Stilwell, libre comme la mer

Martinique. Un nom particulier et bien Français qui lui a été donné par son père qui rêvait des îles et d’ailleurs. Un nom qui sonne comme un appel à l’aventure. Et quelle aventure que la vie de Martinique Stilwell qui a toujours gardé le cap de sa propre vie.

Nous avons rencontré Martinique Stilwell au Consulat général en mars 2018 lors d’une cérémonie marquant son entrée officielle dans la communauté française après naturalisation à raison de son mariage avec un Français. Ainsi, fraichement arrivée dans la communauté française, lorsque je la rencontre pour la réalisation de ce portrait, elle m’annonce justement avec un large sourire qu’elle vient de recevoir un SMS lui indiquant que son premier passeport français était disponible au Consulat.

Ce portrait est donc celui de deux parcours, celui qui a été le sien pour obtenir la nationalité française, et aussi et surtout, son parcours extraordinaire qui l’a amenée à écrire son roman dédié à son enfance à bord d’un voilier Thinking up a hurricane.

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Le Consul Général de France au Cap a remis la nationalité française au titre du mariage à Madame Martinique STILWELL, épouse ROUX, à l’occasion d’une cérémonie organisée au Consulat Général le mardi 27 mars 2018.

Le père de Martinique était très charismatique. Je le devine rapidement en regardant de couverture de son livre, qui montre une fillette à tresses blondes regarder un peu timidement son père, à bord d’un bateau, l’océan en arrière-plan. Aujourd’hui, je me retrouve face à la même blondeur et les mêmes yeux bleus mais son regard a changé, il témoigne d’une vraie force qui impressionne. Quand Martinique et son frère jumeau Robert avaient neuf ans, alors qu’il n’a aucune connaissance en navigation, leur père décide de construire un voilier et d’emmener toute sa famille faire le tour du monde.

« Je suis née en Afrique du Sud dans une petite ville très loin de la mer, près de Johannesburg. Mon père a embarqué tout le monde, ma maman, mon frère jumeau et même notre caniche. »

Ce qui aurait pu être un voyage de quelques semaines s’est transformé en un long voyage de plusieurs années, dans tous les océans, sur tous les continents, du Brésil au Panama en passant par l’Australie et les Caraïbes.

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Cette photo, extraite de son livre "Thinking up a hurricane" représente le mieux le parcours de Martinique ainsi que sa relation avec son père.

Que mangeaient-ils ? Comment se passait leur éducation ? Les questions se bousculent dans ma tête alors que Martinique me raconte les émotions très vives qu’elle a alors ressenties, en tant qu’enfant, à bord de ce voilier. L’excitation, la curiosité, bien sûr, mais c’est surtout la peur dont elle se souvient aujourd’hui. « Je pense qu’on aurait dû ressentir plus de peur, mais quand on est petit, on ne se rend pas compte du tout du danger. Et puis, quand on est enfant, on ne décide pas et on est bien obligés de se plier aux décisions des adultes. »

Au gré de leur voyage, qui était tout de même dangereux, Martinique contracte la malaria et se retrouve confrontée aux dangers des océans. C’est à ce moment-là que la petite Martinique décide de devenir un jour médecin, pour être capable de soigner tous ceux qui sont à bord.

A raison de quelques heures de lecture par semaine, l’éducation de Martinique et de son frère Robert n’est pas très approfondie mais le voyage forge la culture et le caractère de Martinique qui me parle d’une connaissance pratique, de terrain, qui forge une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine.

« J’ai visité Sainte Hélène, là où a vécu Napoléon. J’ai rencontré des gens de toutes les cultures. »

A bord, elle apprend à naviguer, à effectuer les petites réparations sur le bateau, à cuisiner les repas constitués de poisson, de riz et de noix de coco. Son premier lien avec la France, Martinique l’appréhende lorsqu’elle visite justement la Martinique avec d’autres marins français et rencontre ses habitants francophones ; elle y apprend à jouer aux jeux français et développe ainsi un intérêt prononcé pour la culture française. « Ça m’a appris à être très autonome et à me faire ma propre idée sur les choses. Mais au fil des années, et surtout à l’adolescence, j’étais de plus en plus frustrée car je savais qu’il me fallait étudier pour devenir médecin. »

A seize ans, c’est la tempête de trop. Le voilier de sa famille est pris dans un ouragan sur la mer de Corail et son père s’obstine à ce que la famille reste à bord. Alors, Martinique prend la décision de quitter sa famille, le bateau, et de rejoindre la terre ferme. Elle rentre dans son petit village près de Johannesburg, chez ses grands-parents, et rejoint l’Université de médecine en 1985, en plein apartheid.

« Ça a été très difficile de rentrer, surtout en Afrique du Sud, à ce moment-là. Tout le monde était blanc autour de moi. On vivait dans des bulles. Moi qui étais habituée à côtoyer des gens de toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les cultures, ça m’a fait un choc. »

Pendant six mois, elle ne reçoit aucune nouvelle de ses parents et de son frère, restés à bord du voilier. « Je ne savais pas s’ils étaient en bonne santé, ou même en vie. C’était très difficile. » Ils reviendront de leur périple deux ans plus tard, alors que Martinique achève ses deux années d’étude. Toujours calme, le visage apaisé, Martinique me raconte : «  A l’Université, les gens se mélangeaient plus. Et puis, en tant que médecin, j’ai été amenée à aller dans les townships pour vacciner des enfants, soigner des familles gravement malades, travailler dans un centre pour les malades du VIH ou travailler aux côtés d’une ONG. J’ai pu accéder à la vérité qui nous était cachée. »

Une fois son diplôme de médecin en poche, à vingt-quatre ans, Martinique décide de mettre le cap vers le Canada pour soigner les habitants d’un petit village inuit isolé, très apprécié des ours polaires. il n’est sans doute pas bien surprenant qu’elle ait décidé de mettre de nouveau les voiles vers un ailleurs, au bout du monde. Une aventure qui ne devait durer que six mois et qui va se prolonger plusieurs années. A son retour en Afrique du Sud, elle rencontre son mari, Franco-Sud-Africain, qui partage sa vie depuis vingt ans et avec qui elle aura deux filles, son ancre, en fait. Aujourd’hui, ils sont tous les deux anesthésistes dans plusieurs hôpitaux du Cap.

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Martinique en famille

A l’âge de quarante ans, Martinique se lance le défi d’apprendre le Français dont la maîtrise est l’une des conditions pour demander la nationalité française lorsqu’on se marie avec un citoyen Français. « J’adore les défis. Je n’abandonne jamais. Je pense que mon enfance y est pour quelque chose. »

Son livre, Thinking up a hurricane, est le résultat d’un autre défi que Martinique s’est lancé : le récit de la navigation du point de vue d’un enfant.

« Je voulais transmettre sur le papier comment on suit ses parents, on décide de prendre son propre chemin. Avoir un père comme ça, ça m’a permis de vivre une enfance exceptionnelle et une grande aventure mais le plus important, c’est qu’à un moment donné, j’ai voulu faire ma vie. »

D’après le témoignage de Martinique, Thinking up a hurricane, c’est bien plus qu’un roman autobiographique, c’est le récit de la liberté de Martinique Stilwell, de sa liberté.

Retrouvez l’article publié sur notre site Internet sur la cérémonie de remise de nationalité française à Martinique Stilwell, ici ainsi que toutes les informations sur la Nationalité.

Portrait rédigé par Marie Traisnel

publié le 01/10/2018

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