Ces incroyables Français : Lorien Pichegru, Mother of penguins

Lorien Pichegru me pardonnera la référence à la série Game of Thrones puisque son prénom a lui-même été inspiré par un chef d’œuvre littéraire puis cinématographique. « Lorien » est le nom de la forêt dans le Seigneur des anneaux. Chercheuse spécialisée en biologie marine, engagée dans la protection des espèces marines et la lutte contre la pollution des mers, Lorien Pichegru est tout aussi animée de passion pour ses protégés, les manchots, que Daenerys, Mère des dragons, le côté obscur en moins.

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Lorien Pichegru, outre sa profession de chercheuse en biologie, est notre consule honoraire à Port Elizabeth. Vous aviez pu découvrir dans notre précédent portrait le parcours exceptionnel de Gerald Henderson, son prédécesseur à cette fonction. Il nous semblait intéressant de vous présenter Lorien Pichegru, qui a pris le relais en décembre 2018 pour devenir la première femme consule honoraire française en Afrique du Sud à trente-neuf ans, un sacré changement pour la petite communauté française de Port Elizabeth. Très impliquée dans la vie locale de Port Elizabeth et bénéficiant d’un réseau important construit depuis plusieurs années, Lorien s’est engagée à représenter la France et à accompagner les Français installés à Port Elizabeth. Si vous souhaitez vous rappeler en quoi consiste le rôle d’un consul honoraire, n’hésitez pas à relire le portrait de Gerald Henderson (portrait à retrouver ici). C’est désormais à cette tâche que s’attèle Lorien Pichegru, en plus de son métier, qui, vous l’aurez compris, est avant tout une passion, sa passion pour la nature et la protection de l’environnement.

C’est à la Réunion, là où la nature est luxuriante et extraordinairement belle que Lorien grandit. «  Je crois que ma passion pour la nature est née grâce à cet endroit. Cela a toujours été une évidence pour moi de travailler dans ce domaine, au contact de la nature, des animaux, des plantes.  » Non sans difficultés, Lorien dit aurevoir à son île intense à l’âge de quatorze ans pour rejoindre les bancs du lycée à Strasbourg. «  C’était très difficile de s’adapter à la vie à la ville.  » admet-elle. Dans le cadre de ses études en biologie qui ont suivi plusieurs années après, Lorien Pichegru entrevoit une sorte de retour à la nature, en 2004, dans le cadre de sa thèse qu’elle réalisera à entre l’université Louis Pasteur à Strasbourg et l’université du Cap.

Derrière sa voix douce, on la devine intelligente et déterminée. Elle me présente avec passion le sujet de sa thèse en biologie marine : les fous du Cap, une espèce d’oiseaux endémique que l’on ne trouve qu’en Namibie et en Afrique du Sud. L’enjeu de sa recherche consiste à étudier l’impact de la pêche sur les écosystèmes et les animaux marins. Si vous non plus vous ne savez pas à quoi ressemblent les fous du Cap, voici leur présentation par Lorien : «  Les fous du Cap sont de magnifiques oiseaux blancs au long bec, aux yeux bleus et du jaune derrière la tête. Ils sont surtout connus pour plonger à toute vitesse, les ailes ramenées derrière eux, ce qui donne l’impression de voir des flèches entrer dans l’eau. »

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Les fous du Cap

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Passionnée par la biodiversité exceptionnelle du Cap, qui regorge d’espèces endémiques, Lorien décide, une fois sa thèse en poche en 2008, de venir s’installer en Afrique du Sud pour étudier les manchots, à ne pas confondre avec les pingouins. « Contrairement à ce que l’on peut penser, la majorité de la population de manchots du Cap est basée dans la baie d’Algoa, près de Port Elizabeth, et non à la célèbre Boulders Beach. Je suis donc allée m’installer à Port Elizabeth pour démarrer un travail de recherche auprès de l’Université Nelson Mandela. L’impact de la pêche, les conséquences du changement climatique et de la pollution sur les colonies de manchots … autant de sujets qui me passionnent depuis plus de dix ans ! »

En lien avec les autorités locales, le gouvernement, les parcs nationaux sud-africains et les organisations comme Cape Nature, Lorien Pichegru observe sur le terrain des zones ouvertes et fermées à la pêche, pour identifier les problèmes des manchots et trouver des solutions. «  Nous sommes plusieurs chercheurs entre la côte Atlantique et celle de l’Océan Indien à vouloir sauver les manchots. C’est un travail de longue haleine mais il y a des bonnes nouvelles. Par exemple, récemment, vingt-deux aires marines ont été classées zones protégées, qui font passer les territoires marins de l’Afrique du Sud sous protection de 0,4 à 0,5%. C’est donc une belle avancée ! ».

L’un des sujets d’actualité qui la préoccupe particulièrement est la pollution des mers par le plastique. Le Consul général de France au Cap, M. Laurent Amar, a justement eu l’idée d’associer Lorien à la semaine de la diplomatie solidaire, du 17 au 22 juin, en organisant des actions de sensibilisation sur la pollution plastique des océans. Au programme : une conférence à l’Alliance Française sur le développement durable et plusieurs journées de ramassage de déchets sur les plages, au Cap, le 21 à Port Elizabeth, le 22 juin. « Et sans doute également à East London ! » complète Lorien, bien décidée à créer une forme de mobilisation autour de ce sujet d’importance. A n’en pas douter, Lorien est et sera une consule honoraire engagée. Sa sensibilité et sa force de caractère s’expriment lorsqu’elle évoque son travail pour préserver les manchots :

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«  On fait tout pour sauver les manchots. Ils sont très sensibles aux changements environnementaux. Par exemple, les manchots mangent des sardines… et nous aussi. Les changements climatiques, la raréfaction des sardines en partie due à la sur-exploitation par la pêche ou la pollution éloignent les bancs de sardines. Or, si nous les humains pouvons grâce aux bateaux atteindre ces bancs plus éloignés, les manchots, eux, ne peuvent pas s’y déplacer. On ne s’en rend pas forcément compte, et pourtant, les manchots sont des espèces particulièrement touchées. »

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Cet engagement, qui, au fil des années passées en Afrique du Sud, n’a cessé de se développer chez Lorien, s’explique également par le soutien qu’elle a reçu de la part de la politique volontariste du pays pour protéger l’environnement. « C’est un pays qui a une grande volonté de conserver la nature et qui surtout recherche constamment des gens pour y contribuer : scientifiques, professeurs, communicants, bénévoles, etc. On sent que le pays a compris que la protection de la biodiversité allait de pair avec l’économie du pays, à laquelle le tourisme contribue de manière substantielle.  » Lorien m’explique que les manchots de Boulders Beach arrivent en troisième position des raisons qui attirent les touristes au Cap. Trois réserves de biodiversité. « Il y a une véritable solidarité entre scientifiques, ONGs, instituts gouvernementaux et professionnels du tourisme et je trouve ça assez remarquable ! »

Quand je lui demande ce qui l’a encouragée à rester en Afrique du Sud, Lorien m’explique : « L’Afrique du Sud est exceptionnelle en termes de biodiversité. J’ai été impressionnée, forcément, en arrivant au Cap de toutes ces espèces naturelles et de cet environnement chatoyant. A Port Elizabeth, qui est moins connue, vous n’imaginez pas les réserves naturelles et la biodiversité qui existent au cœur de la ville. Et les plages sont magnifiques, je pense à Sardinia Bay ou Maitlands qui s’étendent à perte de vue. En fait, j’ai eu un véritable coup de cœur pour Port Elizabeth. Les gens y sont très relax et chaleureux, il est difficile de ne pas rencontrer quelqu’un quand on va dans un bar. Il fait toujours très bon et on ne se lasse pas de toutes les activités à faire : plongée, kitesurf, kayak, course à pied, etc. C’est une ville sportive. De plus, pour peu qu’on aime voyager, les éléphants et les lions d’Addo ne sont qu’à une heure de route, Knysna n’est pas très loin et toute la côte jusqu’au Transkei, ainsi que l’intérieur de l’Eastern Cape, sont des endroits sauvages et spectaculaires. En plus, contrairement au Cap, à Port Elizabeth, il n’y a pas d’embouteillages ! »

Ainsi, nous pouvons être rassurés. Lorien Pichegru, notre consule honoraire, gardienne des oiseaux, Mother of Penguins, n’est pas prête à s’envoler vers d’autres horizons. Non, Lorien a d’autres combats à mener, ce ne sera pas celui de la guerre de l’anneau ou du trône de fer, mais bien celui de la protection de la biodiversité.

Portrait rédigé par Marie Traisnel.

Dr Lorien Pichegru, Consule honoraire de France à Port Elizabeth
Adresse : ALLIANCE FRANÇAISE
17 Mackay Street, Richmond Hill St
Port Elizabeth 6006
Téléphone/télécopie : +27.83.487.8574.
Adresse électronique : lorienp@hotmail.com
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La semaine de la diplomatie solidaire - du 17 au 22 juin 2019

Dans le cadre de la semaine de diplomatie solidaire, initiée par l’association Diplomatie Solidaire, l’école française et l’Alliance Française du Cap se sont mobilisés autour du Consulat Général pour plusieurs actions axées sur la protection de l’environnement. Une conférence à l’Alliance Française le 19 juin suivie de deux actions de ramassage de déchets plastiques le 21 juin à Sea Point et le 22 juin à Port Elizabeth sont organisées.
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publié le 06/06/2019

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