Ces incroyables Français : Justine Crook-Mansour, première (de) classe

97,8 sur 100. C’est le score incroyable de Justine Crook-Mansour au Matric, l’équivalent du baccalauréat en Afrique du Sud. Du haut de ses dix-huit ans, cette jeune franco-sud-africaine est arrivée première au classement au niveau national.

Lorsque j’ai poussé la porte de leur maison à Sea Point, j’ai eu l’impression d’entrer dans un cocon, composé d’une maman et de sa fille, Glynis et Justine, adolescente de dix-huit ans. Après s’être présentée dans un français parfait, la maman de Justine, s’excusant de ne pouvoir réprimer davantage sa curiosité, m’a demandé : «  Comment est-ce que vous avez entendu parler de Justine ?  » La question me fit sourire car, outre la modestie de Justine et de sa mère, surprises d’être sur le devant de la scène, il est vrai que le Consulat général a mené sa petite enquête pour dénicher l’adolescente.

En ouvrant les journaux en tout début d’année, nous avons découvert qu’une certaine Justine Crook-Mansour avait obtenu les meilleurs résultats de la province du Cap occidental. L’article indiquait qu’elle était franco-sud-africaine et une simple vérification dans nos registres des Français de l’étranger nous a permis de confirmer cette information inédite qui nous a rendus tous très fiers au sein du Consulat général : la meilleure bachelière d’Afrique du Sud était française !

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Justine, qui vient de souffler ses dix-huit bougies, est une jeune fille comme on peut en rencontrer partout : cheveux blonds, pantalon en jeans, pendentif en argent représentant l’Afrique autour du cou. Rien à voir avec un petit rat de bibliothèque qui aurait passé toute son année scolaire penché sur ses livres. La manière dont elle s’exprime, dans un français parfait, la différencie tout de même des autres adolescents sud-africains. Sa double culture française et sud-africaine transparait dans un je-ne-sais-quoi qui donne envie d’en savoir plus sur cette jeune fille brillante, aux résultats si exceptionnels.

98% en physique chimie, 99% en maths, 100% en histoire… des chiffres qui donnent le tournis ! « Maman, j’ai eu combien de moyenne déjà ?  » La question que pose Justine à sa maman peut faire sourire. Je me dis que Justine ne réalise peut être pas encore tout à fait ses résultats ou alors qu’elle n’accorde pas tant d’importance que cela au chiffre – 97.8% - un quasi sans faute. En tous cas, une chose est sûre : Justine n’est pas de ceux qui ont la grosse tête.

« Je vais essayer de parler français, mais j’ai énormément perdu. Je suis désolée par avance ! » Justine est en effet très humble. Et après quelques mots échangés avec sa maman, qui a été journaliste pour Radio France Internationale en France, revenue en Afrique du Sud pour exercer son métier de journaliste pour différents media, je comprends que son éducation y est pour quelque chose.

Lorsque je leur demande quelles ont été leurs réactions suite à l’annonce de ces résultats, la maman de Justine m’explique : « Nous sommes sous le choc. Nous avons été très surprises lorsque nous avons reçu les résultats. A vrai dire, c’était tellement incroyable qu’on n’en revenait pas. Et aujourd’hui, nous avons appris que Justine avait obtenu les meilleurs résultats sur toute l’Afrique du Sud. C’est fou. ». Justine abonde dans ce sens et m’explique qu’elle a mis plusieurs jours à digérer la nouvelle. « Je ne pensais pas avoir réussi les examens, le jour J, j’étais stressée. Lorsqu’on nous a annoncé mes résultats, je n’y croyais pas, je me suis dit qu’ils avaient fait une erreur. »

Devinant le caractère sociable de la jeune fille, je lui demande si ses amis, ont changé d’attitude vis-à-vis d’elle. « Mes amis savaient que j’étais une bonne élève mais même eux, je crois qu’ils sont un peu surpris. Certains me regardent différemment, mais c’est tout »

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Le gouvernement sud-africain l’a conviée en janvier à une cérémonie à Midrand puis elle a été reçue par le gouvernement provincial aux côtés des élèves ayant obtenu les meilleurs résultats au Cap occidental.

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Le Matric est bien différent du baccalauréat. Les élèves de seconde sont amenés à choisir sept matières, les spécialisant en vue des études universitaires parmi un panel très large : de l’art au graphisme en passant par les matières traditionnelles comme l’histoire ou la physique dont six seront évaluées lors de l’examen final. Seules les langues sont obligatoires. Un peu comme si en France, on demandait aux élèves de choisir entre les bacs L, ES et S dès la seconde. Le Matric, comme le baccalauréat en France, est considéré comme le graal par les élèves.

Justine, qui adore les matières scientifiques et littéraires, choisit des matières variées (anglais, afrikaans, maths, physique chimie, histoire et français), pour lui permettre de ne pas trop se spécialiser une fois son Matric en poche. « A 15 ans, je ne savais pas ce que je voulais faire après. J’ai préféré varier les matières. J’aime beaucoup les matières scientifiques mais j’ai voulu étudier l’histoire qui apporte beaucoup. Pour moi qui vis en Afrique du Sud, étudier l’Apartheid a été indispensable pour comprendre comment le pays s’est construit, de savoir pourquoi la société fonctionne comme ça aujourd’hui. »

Le lien de Justine avec la France, c’est son papa Français qui est décédé l’an dernier qui le lui a offert. Depuis toujours, Justine se rendait en France une fois par an pour le voir et passer du temps avec sa famille, un demi-frère et une demi-sœur qu’elle adore. « Malgré le décès de mon papa, je souhaite garder le lien avec la France. C’est très important pour moi. J’aimerais y passer plusieurs mois pour perfectionner mon Français au contact de ma famille là-bas. »

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Petite, elle fréquente l’école française du Cap. « J’ai beaucoup aimé l’école française. C’est là où j’ai appris les bases et surtout la logique qui m’ont été plus qu’utiles pour le lycée, pour les maths et la science physique par exemple. » Elle quitte l’école française en CM2 pour rejoindre l’école sud-africaine Rustenberg school for girls à Rondebosch. Là-bas, pour Justine, c’est un très grand changement. De seize élèves dans sa classe à l’école française à cent quatre-vingt par année au lycée sud-africain, une méthode d’enseignement à l’anglo-saxonne… autant de challenges à relever pour la jeune fille. « J’ai dû apprendre à exercer ma créativité. Nous avions beaucoup de projets d’art et des exposés. Par exemple, si nous étudiions l’Égypte en Histoire, nous devions fabriquer des panneaux, rédiger des poésies ou des pièces de théâtre, et être capables de présenter ce projet à l’oral en classe. » Par ailleurs, le sport est très important dans les écoles sud-africaines. « Au lycée, j’étais super heureuse de pouvoir faire plus de sport. J’ai toujours été très sportive. J’ai pu m’inscrire dans l’équipe de hockey sur gazon, faire de la course, bref, tous les sports que je voulais ! Ça a été très important pour moi de continuer à faire du sport, même pendant les mois de révision avant le Matric. »

De là à affirmer que c’est la double expérience – école française et lycée sud-africain – qui explique ses résultats exceptionnels au Matric, il n’y a qu’un pas ! « Oui, il est certain que Justine s’est construite en puisant dans sa double culture, française et sud-africaine. Elle parle français mais ce n’est pas que ça. A l’école française, elle s’est retrouvée plongée dans la culture française et dans un enseignement spécifique à la France. » explique la maman de Justine.

Bien entendu, quand on brosse le portrait d’une jeune fille de dix-huit ans, on pense à l’avenir. Que projette-t-on quand on a obtenu la meilleure note sur toute l’Afrique du Sud ?

A court terme, début février, Justine suivra le très réputé Bachelor of Science de l’Université de Cape Town (UCT). Ensuite ? L’Astrophysique ! « Je veux devenir astrophysicienne. J’ai toujours voulu faire ça. Je ne veux pas faire de la recherche pour la recherche. J’aimerais utiliser mes connaissances sur l’espace pour rectifier les problèmes de la Terre. Par exemple, il y a plusieurs projets dont j’ai entendu parler, et qui me motivent à me lancer dans des études d’astrophysique : déposer des médicaments dans des zones isolées, réfléchir à la répartition de l’énergie sur le continent africain, développer des solutions numériques pour lutter contre les inégalités. Pour cela, je veux être ma propre chef, créer mon entreprise. »

De l’intelligence, bien sûr, mais aussi de l’enthousiasme et une volonté de réussir, voilà ce qui caractérise Justine. A n’en pas douter, elle ira loin. Très loin.

Justine Crook-Mansour. Retenez bien son nom. Il se pourrait bien que cette franco-sud africaine décroche la lune.

Portrait rédigé par Marie Traisnel

publié le 07/02/2019

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