Ces incroyables Français : Hanaa Trifiss et Alexandre Barrière-Izard, Ticket gagnant

Je ne savais pas vraiment comment j’allais pouvoir écrire le portrait d’Hanaa Trifiss et d’Alexandre Barrière-Izard tant ces deux-là sont de vrais loups blancs dans la communauté française. Tout le monde les connait. Mais tout le monde ne sait pas qu’ils sont les membres hyperactifs de l’association sociale par excellence des Français du Cap, l’Entraide.

L’interview se déroule sur la même table que celle où ils se sont rencontrés tous les deux, il y a cinq ans, alors qu’Hanaa animait la permanence hebdomadaire de l’Entraide à l’Alliance Française du Cap. Mais si nous nous rencontrons à l’Alliance Française, c’est surtout parce que c’est là où l’Entraide du Cap, association auprès de laquelle ils sont tous deux investis, tient ses permanences hebdomadaires. « L’Entraide, c’est avant tout une famille pour nous deux. Nous avons le point commun d’avoir été adoptés par les membres du comité de l’association à notre arrivée ici au Cap » explique Alexandre. Et un nom revient sans cesse dans leurs bouches, celui de Stéphane Kacedan (lire le portrait « Ces incroyables Français »). « Je me souviendrai toute ma vie de mon arrivée au Cap il y a cinq ans. Un homme m’attendait à l’aéroport, c’était Stéphane Kacédan. Grâce à lui,et à Anne-Marie Kacédan, Michèle Cassuto, Christine Daron et Yasmine Yacoubi et à tous les membres du comité de l’entraide, j’ai rencontré une nouvelle famille » se souvient Hanaa. Alexandre lui a succédé en tant que Président de l’Entraide il y a un peu plus d’un an. « Je l’ai vu lui, donner de son temps, répondre à toutes les sollicitations, le cœur sur la main. C’est un sacré modèle pour moi. »

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Alexandre atterrit au Cap il y a sept ans pour améliorer son Anglais pendant trois mois auprès d’un ami de ses parents, le propriétaire du domaine viticole de Haute-Cabrière à Franschhoek. Passionné par l’œnologie et les spiritueux, il se débrouille pour y revenir à la fin de son master pour monter une distillerie de Brandy dans le désert du Karoo. Après un retour de quelques mois en France, il revient en VIE (Volontariat International en Entreprise) auprès d’une société d’assurance souhaitant ouvrir un bureau sud-africain, qui le recrutera à la fin de son contrat. Au fil de ces mois passés dans la région, Alexandre s’investit de plus en plus auprès de la communauté française avant de rejoindre l’Entraide et d’en devenir le Président.

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L’Entraide travaille main dans la main avec le Consulat général pour toutes les situations de Français en difficulté. Le Consul général est d’ailleurs membre de plein droit du comité. Une agression ? Un décès ? Un problème juridique ? Une dépression ? L’Entraide accompagne nos compatriotes dans toutes ces situations. Tous les mardis, une permanence est organisée à l’Alliance Française du Cap et un numéro d’urgence est à la disposition de ceux qui en ont besoin. Les dossiers remontent ensuite auprès du comité qui apporte des solutions concrètes comme le soutien psychologique, l’aide juridique gratuite ou les conseils d’une assistante sociale. « L’Entraide, c’est un peu l’annexe du CCAS* du Consulat général ! », m’expliquent Alexandre et Hanaa. Les cas sont tellement confidentiels et parfois si sensibles que les discussions au sein du comité de l’Entraide sont primordiales. Le dialogue et la solidarité, qu’on retrouve bien souvent, en effet, au sein d’une famille :

«  Je viens d’un petit village dans l’Ariège. Mon grand-père était agriculteur, mes parents sont ouvriers. Je ne savais pas où j’allais tomber et je me suis dit, si un jour j’ai une grosse galère, je serais content que quelqu’un m’aide, comme le font les membres de l’Entraide. Tu imagines, partir d’un village de soixante habitants pour venir en Afrique du Sud ? » m’explique Alexandre.

« Soixante habitants dans ton village. Chez moi, c’était plutôt soixante habitants par étage ! » plaisante Hanaa qui, contrairement à Alexandre, est une vraie citadine. La jeune femme de vingt-six ans grandit en banlieue parisienne, entre les Hauts-de-Seine et le Val d’Oise, avant de rejoindre Sciences Po qui encourage ses étudiants à passer leur troisième année à l’étranger. Pour Hanaa, ce sera l’Afrique du Sud, qu’elle ne connait pas ou très peu. C’était l’inconnu : « Je n’avais jamais vraiment entendu parler de ce pays, de cette ville. » . Dans l’entourage d’Alexandre, on est plutôt circonspects : « Encore maintenant on me demande « Mais qu’est ce qui t’a pris de venir en Afrique du Sud ? Pourquoi ce pays ? ». Dans tous les cas, ils sont d’accord pour décrire leur installation au Cap comme une sorte de renaissance.

Hanaa, en stage auprès de l’Entraide, devient administratrice de l’association : accueil des Français en difficulté, gestion des dossiers, rédaction de notes et animation du réseau des Jeunes Français du Cap. On comprend que c’est à leur contact, en répondant à toutes leurs questions sur la page Facebook créée à l’initiative de Christine Daron (« Jeunes Français du Cap »), qu’est née la « Hanaa » que tout le monde connait. Celle qui dégaine son clavier plus vite que son ombre, qui répond à toutes les questions que les Français peuvent se poser, sur tous les sujets. C’est d’ailleurs un réflexe, une habitude, qui ne l’a pas quittée. Elle continue d’administrer la page Facebook et à répondre aux nombreuses sollicitations qu’elle reçoit… Une sorte de community manager à 360 degrés pour les Français !

Hanaa, au sein de l’Entraide, s’investit plus particulièrement sur la question du handicap et mène un projet en collaboration avec l’école française et l’école pour enfants autistes Alpha de Woodstock. En 2017, elle réalise un documentaire, « L’éveil de nos potentiels » qui sera projeté à l’Alliance Française.

Deux ans plus tard, à l’issue de son master, elle effectue son stage de fin d’études auprès du réseau économique Cap 40. Sa mission : développer le réseau auprès des entrepreneurs et des dirigeants. « Je pensais être faite pour travailler dans le social et le culturel, mais au sein du Cap 40, j’ai découvert ma vocation : le développement économique. » Comme à l’Entraide, Hanaa répond aux interrogations des membres de l’association, anime les différents réseaux sociaux, mobilise les acteurs publics et privés tout en travaillant sur le dossier de la « French Tech » (Cape Town a été labellisé « French Tech Hub » en 2016). C’est cette facilité à créer un réseau et à le développer qui plairont à l’entreprise Mazars qui la recrute pour animer son « French Desk » au Cap.

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Alexandre et Hanaa ont certes deux parcours différents, mais il faut reconnaître que ces deux-là se ressemblent beaucoup. « Avec Hanaa, nous avons des tas de points communs. On a eu la même passion pour le Cap, rencontré les mêmes personnes via l’Entraide, vécu les mêmes galères : recherche de stage, d’emploi, démarches de visas, etc. « Et aujourd’hui, on a tous les deux notre résidence permanente ! » ajoute Hanaa. Mais avant toute chose, c’est leur engagement auprès la communauté française qui cimente leur amitié.

« On a été boursiers tous les deux. On sait ce que c’est de devoir payer nos études. La France nous a donné tellement qu’on se doit de redonner à ce pays. Moi, je suis fier d’être Français. Je crois que c’est ce qui nous pousse à aider les Français qui sont en difficulté. » dit Alexandre. « On a bénéficié de l’aide sociale. Sans le soutien de L’État, jamais je n’aurais fait Sciences Po. » dit Hanaa.

Entre douze à dix-sept heures par semaine entre les réunions, les événements et les projets, les réponses aux questions des Français, l’animation des réseaux sociaux... Et je les crois volontiers quand ils essaient de mesurer le temps qu’ils consacrent à la communauté française. Juste avant cette interview, ils participaient à la réunion mensuelle « Équipe de France » organisée par le Consulat général pour mettre autour de la table tous les acteurs associatifs français, le soir, ils se retrouvaient pour le cocktail organisé à l’occasion de la venue de l’équipe française de rugby à sept. Ce weekend, ils participeront à la course organisée par le Cap Sportif au domaine viticole Marianne.

Depuis peu, Alexandre et Hanaa ont constitué avec Philip Geromont, Gilles Blanc et Simon Miclet le comité de pilotage de la FSACCI (Chambre de commerce franco-sud-africaine) au Cap. Ainsi, en plus des événements organisés par l’Entraide – Loto, sorties pour les jeunes Français du Cap, Galette des rois, – se sont ajoutés les événements à destination des membres de la FSACCI - Beaujolais nouveau, conférences mensuelles - . Côté loisirs, toujours la même énergie. Hanaa a rejoint la troupe de théâtre française « Le Clap », elle y joue le rôle principal d’Eurydice dans la pièce de Jean Anouilh tandis qu’Alexandre court tous les jours. « On dormira quand on sera morts ! », plaisante Alexandre. Des marathoniens de la communauté française !

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Quand je leur demande s’ils ne sont pas parfois épuisés par ce rythme effréné, ils sont d’accord pour me dire « Ça ne nous dérange pas. Tout compte fait, c’est un moyen de nous épanouir. Et puis, quand on a envie de dire non, on dit non. » Alexandre rigole en m’expliquant qu’on lui a déjà proposé plusieurs fois de le payer pour les services qu’il rend aux Français. « C’est rigolo. Je pense qu’avec Hanaa, on fonctionne pareil : on connecte les gens entre eux » explique Alexandre « Tu veux monter une équipe de foot ? Tu crées ton entreprise ? Tu dois prolonger ton visa ? Tu as besoin de quoi ? Tiens, tu devrais contacter telle ou telle personne. Et ça surprend qu’on ne leur demande rien du tout en échange. On est des match makers en fait ! » ajoute Hanaa.

Au bout d’une heure d’entretien, une question me brûle les lèvres : vous ne vous voyez pas faire de la politique ? Ces deux-là me font penser à ces femmes et ces hommes politiques dont les métiers s’effacent devant la personnalité, dont les responsabilités dans la sphère publique passent au premier plan, avant même le parcours individuel, l’expérience ou la profession. Qu’importe-le fait qu’Alexandre soit directeur d’une entreprise d’assurances et qu’Hanaa représente le « French Desk » de Mazars. Ce n’est pas ça qui les définit. Ajoutez à ça un brin de communication et un excellent relationnel, et vous avez la recette d’un ticket gagnant aux élections !

C’est frappant tant c’est évident. Hanaa Trifiss et Alexandre Barrière-Izard sont des personnalités publiques – pas encore politiques.

* CCAS : Conseil Consulaire d’Action Sociale

L’Entraide du Cap
L’Entraide du Cap se positionne en faveur du lien entre les différentes catégories sociales et les générations. Outre les événements, qu’elle organise régulièrement, aussi à destination des jeunes, elle offre un réel soutien à la communauté française en venant en aide aussi bien aux compatriotes résidents qu’à ceux de passage. L’association multiplie les actions sociales auprès des français en situation d’isolement ou ayant des difficultés financières (aide au rapatriement, aide aux démarches administratives...).
Permanence tous les Mardis de 12h à 14h à l’Alliance Française (155 Loop St, Cape Town City Centre, Cape Town, 8000)
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Portrait rédigé par Marie Traisnel

publié le 19/12/2018

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