Ces incroyables Français : Gerald Henderson, Au service de la France

Même si ce le titre de ce portrait pourra faire sourire ceux qui connaissent la série française du même nom, il décrit parfaitement l’implication de Gerald Henderson, qui ne compte plus les années passées à justement, servir la France.

Gerald Henderson était jusqu’à très récemment notre consul honoraire à Port Elizabeth. Quelques mois après avoir passé le flambeau à la première femme consule honoraire en Afrique du Sud, Lorien Pichegru, quoi de mieux qu’un portrait pour saluer cet homme passionné par la France depuis presque cinquante ans et lui montrer notre reconnaissance.

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Gerald Henderson est un Français pas comme les autres. Vous me direz, c’est normal, c’est un « incroyable Français ». Il est devenu Français en 2014 après presque une vie dédiée à promouvoir et défendre la culture française et à servir la communauté française de Port Elizabeth. Né en Zambie (Rhodésie du Nord), petit-fils d’un Ecossais et d’une Irlandaise et fils d’un mineur, Gerald est sud-africain. Après avoir fréquenté le collège de Grahamstown, il étudie à la prestigieuse université de Rhodes. Ce n’est pas au cours de sa carrière dans l’automobile que Gerald découvre la culture française, c’est en fait un peu par hasard, en 1975, alors qu’il a vingt-quatre ans, quand il ouvre les journaux :

«  J’ai vu une petite annonce. On y parlait de cours de français. Je me suis dit, pourquoi pas ? Et c’est à ce moment-là que j’ai rejoint l’Alliance Française en tant qu’étudiant.  », explique Gerald. « J’avais un peu de temps. J’allais à l’Alliance Française pour les classes du soir, les mardis et jeudis soir pendant une heure et demie. ».

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Alors oui, quand on compte bien, cela fait quarante-quatre ans que Gerald est membre de l’Alliance Française. Gerald obtient son Diplôme de Langue Française (DLF) en 1987. La même année, il devient membre du comité de l’Alliance Française, position qu’il n’est pas prêt de quitter puisqu’on vient de le nommer « membre à vie » ! « En fait, je n’ai jamais quitté l’Alliance Française !  » ajoute Gerald. S’impliquant dans toutes les activités de l’Alliance Française : événements culturels, soirées de remise de diplôme, promotion des cours, gestion courante, etc., Gerald Henderson devient une année plus tard, en 1988, Vice-président puis en 1990, Président de l’Alliance Française de Port Elizabeth jusqu’en 2005 puis Président d’honneur jusqu’à l’an dernier. Sa plus grande fierté, après ces nombreuses années à la tête de l’Alliance Française, restera l’achat de la belle bâtisse de style victorien dans laquelle les équipes s’étaient installées en 1990. « Nous étions locataires à l’époque. Port Elizabeth n’était pas le premier choix pour l’investissement dans des locaux, de la part de la fondation Alliance Française. Je me suis démené pour que l’on nous écoute. Au final, nous avons eu gain de cause auprès de Paris et nous avons pu acheter la maison en 1997. » On comprend vite que Gerald est un homme affuté, qui n’hésite pas à retrousser ses manches pour défendre ses projets.

Passionné par la culture et la langue françaises, Gerald Henderson a du mal à me donner le nombre de fois où il s’est rendu en France. Il se rend tous les deux ans chez des amis vivant dans un petit village du Sud-Ouest, entre Pau et Tarbes, dans un hameau qui s’appelle Bruges. «  C’est le paradis là-bas. On y mange bien, on y vit bien. » Il me liste toutes les villes françaises qu’il a visitées, et j’avoue en avoir un peu le vertige ! « Aix-en-Provence, Cannes, Nice, Béziers, Montpellier, Bordeaux, Beaune, et bien sûr Paris. Je suis passionné par la France. Je suis francophile et francophone ! »

En 1993, cet attachement se concrétise encore davantage lorsque l’Etat français le nomme Vice-Consul honoraire. Être consul honoraire, c’est une forme de reconnaissance pour Gerald Henderson, mais c’est surtout de nombreuses responsabilités qu’il a assumées jusqu’en 2018 avec force et dévouement. En effet, outre la mission de représentation des consuls honoraires, disposant généralement de contacts auprès des autorités locales et du tissu associatif de leur région, leur mission première est de relayer le Consulat Général dont ils dépendent pour assurer la mission de protection des ressortissants français en difficulté et le respect de leurs intérêts, qu’ils soient résidents ou de passage. Beaucoup ne le savent pas, mais les consuls honoraires sont bénévoles et ne sont pas des agents de l’État. Ils peuvent continuer à exercer leur activité professionnelle, parallèlement à leur mandat de consul honoraire. C’est ainsi que Gerald a joué pendant des années le rôle de relai administratif des services du Consulat général, accompagnant les Français dans toutes les étapes de leur vie, les assistant pour élaborer leurs dossiers d’état civil en leur remettant les actes officiels délivrés par le consulat, les aidant également en cas de difficulté, en cas d’accident, de perte ou vol de papiers d’identité, de détention en prison, etc.

Gerald l’admet : « Les démarches, cela prend beaucoup de temps. Quand l’an dernier nous avons eu une disparition à Port Elizabeth, il a fallu être très réactif et disponible. J’ai été amené à gérer des situations parfois difficiles et tristes et lorsqu’on m’appelle, le plus souvent c’est lorsqu’il y a un accident ou un problème. Par exemple, en cas d’accident de voiture, j’aide les Français à trouver un avocat ou à gérer la police.  » Autre mission de haute importance et d’actualité, à deux mois des élections européennes, l’établissement des procurations pour le vote de ces Français trop éloignés des bureaux de vote, situés au Consulat général de France au Cap.

Assurant également un rôle de représentation, Gérald a rencontré un certain nombre de représentants de l’Etat français, venus en visite en Afrique du Sud, comme François Mitterrand, Jacques Chirac, Michel Jospin, Alain Juppé ou Dominique de Villepin, mais aussi des chefs d’Etat étrangers, comme Nelson Mandela un an après l’avènement de la démocratie ou la Reine Elizabeth en 1995 : « J’ai rencontré la Reine Elizabeth… A Port Elizabeth !  » plaisante Gerald.

A Port Elizabeth et les environs proches (Grahamstone, Jeffreys Bay, Uitenhage, Cradock, Graaf Reinet, Port Alfred, Somerset East), la communauté française est relativement modeste, puisque, à ce jour, plus ou moins quatre cent Français vivent dans la circonscription (deux cent soixante sont inscrits sur les registres). En tous cas, on peut affirmer que la communauté française de Port Elizabeth est particulière puisque plus de 70% des Français sont anglophones. Cela est dû à l’histoire de cette quatrième génération de Français, arrières-arrières petits-enfants de ceux qui sont venus grossir les rangs des ouvriers dans l’industrie de la laine après la Seconde Guerre Mondiale, en 1948. Par ailleurs, chaque année, une cinquantaine d’étudiants français viennent étoffer la communauté française de Port Elizabeth dans le cadre de leur échange à l’Université de Nelson Mandela.

En 1995, à titre de reconnaissance pour son engagement à promouvoir la culture française au travers de l’Alliance française, la France lui remet l’Ordre des Palmes Académiques et, pour son service auprès de la communauté française, le nomme Chevalier de l’Ordre national du mérite en 2011.Pour Gerald toutefois, le plus grand honneur qui soit, fut de recevoir la nationalité française en 2014 et de devenir officiellement, car c’était déjà le cas au fond de lui, Français.

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Remise de la nationalité française à Gerald Henderson, à bord du Floréal, par l’Ambassadrice de France en Afrique du Sud, Mme Elisabeth Barbier.

L’avenir, pour Gerald, je le devine plutôt semblable aux années passées au service de la France. Il aura peut-être un peu plus de temps pour ses autres passions, celle de l’écriture par exemple. Il m’a envoyé son essai sur l’histoire de Robben Island. Même si Gerald n’est plus à l’heure actuelle consul honoraire, il restera, c’est certain, mobilisé pour promouvoir la langue et la culture françaises. Avec Lorien Pichegru, chercheuse à l’Université de Nelson Mandela, c’est une nouvelle page qui se tourne pour la communauté française de Port Elizabeth :

« C’est la première femme consule honoraire en Afrique du Sud ! Elle a trente-huit ans, elle est jeune et pleine d’avenir ! Je suis très content. Je suis toujours disponible si elle a des questions, mais d’après ce que je vois, elle se débrouille déjà très bien. Elle tient une permanence à l’Alliance Française et commence à connaître tout le monde » se réjouit Gerald.

Finalement, l’attachement de Gerald Henderson pour la France est presque indescriptible. Depuis qu’il est officiellement Français, il en est devenu même plus fort. A l’image d’une série télévisée, on attend donc la suite avec impatience, à découvrir dans le prochain épisode.

Portrait rédigé par Marie Traisnel

publié le 28/03/2019

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